Sarkozy, humain pour 2 % des enfants sans-papiers
Le ministre de l’intérieur, dans sa grande mansuétude, a décidé de
régulariser environ 800 familles de sans-papiers aux enfants scolarisés. Un
geste en trompe-l’oeil, qui n’empêchera pas cet été "la chasse à l’enfant
étranger".
Nous vous parlions récemment du danger qui plane sur les enfants scolarisés
de parents sans-papiers d’être massivement expulsés dès le 30 juin, puisque
Nicolas Sarkozy a demandé aux préfets d’attendre la fin de l’année scolaire,
pour plus de discrétion. Essentiellement grâce à l’action du Réseau
éducation sans frontière (RESF), qui a lancé un appel à cacher les enfants
expulsables (40 277 signatures à l’heure où nous écrivons ces lignes), la
discrétion voulue n’a pas suffi et la mobilisation a enflé. Voilà donc que
le ministre de l’intérieur semble faire machine arrière, déclarant avec un
cynisme écoeurant: Lorsqu’un enfant étranger est né en France ou qu’il y est
arrivé en très bas âge, qu’il est scolarisé en France, qu’il ne parle pas la
langue de son pays d’origine, qu’il n’a aucun lien avec ce pays, il serait
très cruel de l’y reconduire de force. Les attaches de cet enfant sont en
France et son départ serait vécu comme une véritable expatriation, un
déracinement. A lire avec des trémolos dans la voix. Or Thierry Mariani,
rapporteur du projet de loi sur l’immigration choisie à l’Assemblée
nationale, précise le champ d’application de la mesure humanitaire
extraordinairement généreuse du candidat UMP à la présidentielle: Les
familles qui pourront bénéficier de ce droit exceptionnel au séjour seront
celles dont les enfants sont présents en France depuis deux ans ou ayant un
enfant né en France ou arrivé en France en très bas âge, scolarisé depuis au
moins une année scolaire dans l’enseignement obligatoire, ne parlant que le
français et n’ayant plus de lien avec son pays d’origine. Si l’enfant parle
français et swahili, ou arabe, ou chinois (ou ce que vous voulez): expulsé!
Non aux bilingues, ferments de désordre. Si l’enfant a au pays une
grand-mère, un oncle, des cousins (ou tout ce que vous voulez qu’on puisse
appeler un lien): expulsé!
En réalité, la régularisation, au cas par cas, ne devrait concerner qu’environ
1200 personnes, suivant le chiffre cité par Le Figaro, qui dévoilait en
avant-première hier matin l’annonce sarkozienne. Si le ministère estime le
nombre de clandestins à 300 000 à 400 000 personnes, cela représente au bas
mot 50 000 enfants. M.Sarkozy ne résout donc que 1 à 2% des cas en se basant
sur des critères farfelus, s’indigne Richard Moyon, porte-parole du RESF. Ce
qui n’empêche pas Le Figaro de titrer: Les élèves sans papiers ne seront pas
expulsés. A part 98 à 99 % d’entre eux! Appelle-t-on ça de l’information? En
réalité, même s’il ne lui plaît pas qu’on le rappelle publiquement, Monsieur
Sarkozy se propose toujours d’organiser cet été la chasse à l’enfant
étranger, accuse RESF. La manoeuvre du ministre de l’intérieur est claire:
adopter la noble posture de la générosité humanitaire, jetant ainsi de la
poudre aux yeux, pour tenter de cacher la réalité de sa politique, tout
entière contenue dans le discours qu’il tenait aux préfets le 9 septembre
2005: Lors de notre dernière rencontre, je vous ai fixé des objectifs
chiffrés, en vous demandant de procéder, au minimum, à 23 000 éloignements d’étrangers
en situation irrégulière cette année. Je constate qu’à la fin du mois d’août,
12 849 étrangers avaient fait l’objet d’une mesure effective d’éloignement:
sur huit mois, 56 % des objectifs ont été atteints. Il vous reste donc cinq
mois pour accentuer l’effort. J’observe d’ailleurs que, d’une préfecture à l’autre,
les résultats sont inégaux. Or, j’attends de tous une entière mobilisation.
Plus encore qu’une obligation de moyens, c’est une obligation de résultats
qui vous est fixée. C’est justement aux préfets qu’il appartiendra de juger,
au cas par cas, qui mérite régularisation. Sans commentaire.
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